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« There is something rotten in the state of Denmark »

lundi 21 décembre 2009, par vincent gardin.

1er article de cette rubrique un peu prétentieuse « Société ». Sans doute faut-il rester humble pour parler d’un monde qui nous échappe, mais avoir un avis, le donner, le confronter, est peut-être le moyen le plus sûr pour ne pas être esclave d’avis prêts-à-porter, de pensées toutes faites. Alors oui, donnez votre avis sur ce monde, ou si vous ne donnez pas d’avis, observez-le, soyez curieux de la culture du présent. Pour moi, ce sera « Copenhague », vous savez, Copenhague, capitale du...

Danemark...

J’ai un certain mal à comprendre la polémique sur la conférence sur le climat. Attendue, espérée depuis longtemps, dans nos sociétés occidentales, européennes, française, elle semblait répondre à des préoccupations écologiques de plus en plus fortes dans la population (voir le score aux élections européennes en France, les nombreuses publicités dans lesquelles les annonceurs pratiquaient « l’éco-blanchiment », ingrédient essentiel d’une bonne image de marque...). La conférence devait être un moment fort, soutenue aussi par l’opinion publique, au moins en France.
Et puis voilà, nous sommes le 21 décembre. Et depuis plus d’une semaine, nous n’entendons que les termes d’« échec », de « mensonge », d’« inutilité », de « coût de la conférence ». On ne parle plus de la « Conférence », mais d’une « polémique sur la Conférence », ou de « l’échec de la Conférence ».
Alors quoi ? Que s’est-il passé ?
L’échec : peut-être y a-t-il échec. Et alors ? On peut voir dans cet échec la preuve que nos dirigeants ne peuvent s’entendre. On peut aussi y voir une réussite différée, une réussite qui reste à construire. Nos dirigeants se sont réunis, à une échelle sans pareille jusqu’alors, c’est un premier pas. L’échec ne signifie pas qu’il faille jeter Bébé avec l’eau du bain. L’accord entre pays riches, pays en voie de développement, pays pauvres, dans un monde secoué par les crises (financière, écologique, énergétique...), secoué par des intérêts en partie divergents, ne peut se faire dans le consensus empressé et ravi : « Vite, un stylo, que je vous le ratifie votre, notre, bel accord ! »
Oui, peut-être que les montagnes travaillent et qu’elles n’accouchent que d’une souris, d’un petit compromis décevant... Mais doit-on abandonner l’idée d’une gouvernance mondiale écologique future, d’un effort de chacun et de tous pour un monde plus écologique, plus harmonieux ?
Mais il y a plus grave que l’échec possible, il semble que l’on s’appuie sur cet échec relatif pour discréditer l’ensemble du projet. Un échec ne suffit pas, il faut un fiasco. Déjà, durant la conférence même, certaines informations sont sorties pour discréditer la conférence (des mails entre scientifiques montreraient une falsification des données relevées), on a évoqué le coût carbone de cette réunion au sommet pour la discréditer. On a même pu insinuer que cette conférence était une forme de néo-colonialisme, un instrument aux mains des pays riches pour limiter le développement des pays pauvres ou en voie de développement, le tout sous couvert de bons sentiments. Face à toutes ces attaques, et ces difficultés, il semble que l’idée même d’une action écologique internationale soit disqualifiée. On dit même que tout cela est bien exagéré, que l’homme n’y est pour rien, ou presque dans le réchauffement, que rien en tout cas n’est sûr.
Bref, on noie tout dans la confusion, ce qui est le meilleur moyen de ne rien faire aboutir, de ne rien faire.
Et pourtant, quand bien même l’influence des activités humaines serait en partie exagérée, quand bien même le doute serait permis, n’est-il pas nécessaire et juste de plaider en faveur de nouvelles politiques énergétique et écologique ?
Nous sommes le 21 décembre. Et déjà il ne reste plus qu’un vague souvenir d’échec. Et ce qui me gêne, c’est l’espèce de fatalisme que j’entends autour de moi, et les critiques qui confortent l’échec, le justifient. Fatalisme, peut-être pas... Ou fatalisme qui arrange. L’écho favorable que les thèses « anti-réchauffement » ou « anti-Copenhague », pour les résumer un peu vite, ont reçu dans l’opinion est peut-être autre chose qu’un simple fatalisme. Comme si tout cela arrangeait tout le monde. La vie continue. et la vie, en ce moment, c’est Noël. Et si l’esprit de Noël s’accordait mal avec l’écologie ? Comme si en ces temps de consommation les idées chagrines d’économie, d’écologie, pouvaient gâter notre plaisir. Consommons, consumons. Et au-delà, après les frayeurs de la crise, avons-nous vraiment envie que les choses changent ?
Oui, les égoïsmes nationaux l’ont sans doute emporté à Copenhague, mais dans les lectures que nous pouvons faire de Copenhague, sans doute y a-t-il, à un niveau personnel, des sentiments assez proches.

Copenhague, capitale du Danemark.

« There is something rotten in the state of Denmark »
Hamlet. Acte 1 Scène 4