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humeur indécise

jeudi 3 décembre 2009, par vincent gardin.

Cela ne manque pas d’humour, « humeur » et « humour » ont la même étymologie. Voilà qui met de bonne humeur. Dans cette rubrique, libérez vos humeurs, bonne ou mauvaise, adressez vos « coups de gueule » ou vos « coups de cœur ». Mais, étymologie oblige, gardez un peu d’humour. Et l’humeur peut aussi être vagabonde...

Il y eut longtemps une théorie médicale des humeurs qui concevait la santé comme un équilibre des humeurs (le sang, la lymphe, la bile jaune, la bile noire) et la maladie comme un déséquilibre des mêmes humeurs. On pouvait ainsi avoir des « sautes d’humeur ». Attachée à cette théorie, il y a la notion de « purgation », l’idée que le système, ici le corps, recherche l’équilibre, la santé, et que par des « voies naturelles » ou « médicalement assistées » il doit de libérer, se purger, de ce qui le menace, le trouble, les « mauvaises humeurs ».
Le mot « humeur » est passé du corps (les liquides du corps) à l’esprit (disposition affective) mais il semble que la notion de purgation soit restée. Comme on dit « Il faut que ça sorte ! ». Il faut par exemple se libérer par la parole de l’événement traumatique, extérioriser son agressivité, se défouler de son stress. Le discours scientifique vient renforcer alors une croyance populaire largement partagée : « Allez, vide ton sac », « Allez, pleure un bon coup, ça te fera du bien ! ».
Depuis le patient en cure jusqu’au carnaval, en passant par la catharsis d’Aristote, « Paf le chien », le sport... Il faut bien se défouler !
Justement, il faut « bien » se défouler. Comment se défouler « bien » ?

Il y a la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il y a les boucs-émissaires. Il y a l’esprit de l’escalier. Il y a les cascades. Les cascades de coups, les cascades du bourreau vers la victime, qui devient bourreau d’une nouvelle victime, qui devient bourreau d’une nouvelle victime...
Il y a les soirs de foot avec un score de trois morts partout. Il y a des voitures brûlées. Il y celui qui n’a pas eu de chance d’être là. Il y a les colères rentrées. Il y a des chiens battus. Et des enfants...
Il y a des polémiques, des rancunes, des rancœurs, du rassis, du ranci, des insultes, « les mots heurtent les mots » écrit Hugo.
Et il y a, car il y a toujours, même caché, même étranglé, même déguisé, le regret.

Mais je reviens à mes moutons : Dans cette rubrique, vous pourrez vous défouler, exprimer coups de gueule et coups de cœur. Je crois que pour les coups de cœur, il n’y a rien à craindre, mais les coups de gueule ne doivent pas devenir des coups de « boule » ni des coups de tête.

Il faudra ne pas

  • hurler avec les loups,
  • faire la fouine,
  • baver comme un crapaud,
  • rire comme la hyène,
  • glousser comme la poule,
  • faire l’âne, quoique...
  • être trop vache
  • avoir trop un caractère de cochon
  • trop prendre la mouche
  • faire le coq
  • se pavaner comme le paon
  • avoir une tête de mule
  • Etre un mouton de Panurge

J’arrête là... A vous d’en trouver d’autres. Comme à vous de trouver des sujets d’humeur. Lesquels ? Tous ceux que vous voulez, selon l’humeur... Et comme la mienne est d’un coup vagabonde, j’ai pensé, à propos de la variété des sujets possibles, à un passage des Vrilles de la Vigne de Colette :
« Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche... Et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir... »
Pour la peine, je mets en pièce-jointe le texte en entier. Il est court et superbe. A lire. et se dire que Colette vient de divorcer de Willy. Willy, Les Vrilles de la Vigne.

Voilà pour cet article liminaire sans grande unité, sinon celle d’une ’humeur indécise. A le relire, je le trouve un peu trop moralisateur. Je m’en excuse auprès des lecteurs. Peut-être est-ce parce que j’ai vu ce midi un reportage sur le cyberbullying... Si vous ne connaissez pas, renseignez-vous sur cette nouvelle preuve des capacités créatrices de l’Homme.
Je crois que ce serait un bon sujet d’humeur.